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Vendredi 6 janvier 2012 5 06 /01 /Jan /2012 18:58

 

Lemonde papier

couv bastovoi

 

Et pour épargner vos yeux... La version du site internet du Monde

De la petite République de Moldavie, ex-confetti de l'empire soviétique et soeur siamoise de la province roumaine du même nom, on ne connaît en France que de rares écrits. Le violent poème Km 7 de la dramaturge Nicoleta Esinencu a été publié, l'an dernier, dans le recueil collectif Odessa Transfer. Chroniques de la mer Noire (Noir sur Blanc). Quelques romans en langue roumaine ont été traduits en français : Je suis une vieille coco, de Dan Lungu, Chewing-gum, de Lucian Teodorovici, ou Pas question de Dracula, de Florin Lazarescu (tous trois chezJacqueline Chambon). Mais ces trois auteurs sont d'Iasi, ils sont des "Roumains de Roumanie"...

 

Savatie Bastovoi, lui, est né à Chisinau, la capitale de la Moldavie. Les lapins ne meurent pas est donc le premier roman moldave publié en français - le premier depuis l'indépendance (1991) de ce pays déshérité. On y trouve des lapins, bien sûr, mais aussi beaucoup de forêts et pas mal de Lénine. Le héros est un gamin de la campagne, un écolier des années 1980, époque où les gentils soldats de l'Armée rouge "fraternisent avec les gens simples d'Afghanistan", qui leur racontent"en faisant des signes" l'inhumaine "cruauté du capitalisme", ce "corbeau noir" qui rêve d'écarteler la "colombe de la paix".

Né en 1976, Savatie Bastovoi a connu cette époque. Son père, professeur de philosophie, lui a inculqué - non sans succès, dans un premier temps - ses propres convictions d'athée scientifique. Mais le futur écrivain, qui a fait une partie de ses études à Iasi et une autre à Timisoara, dans la Roumanie de Ceausescu, a probablement lu Cioran et, très certainement, Ionesco. Sa manière de restituer la propagande stalinienne, martelée dans les écoles tant moldaves que roumaines, n'est en rien dogmatique : elle relèverait plutôt de la poésie de l'absurde. Le titre du roman est d'ailleurs extrait d'un des dialogues, ubuesques et farfelus, entre le garde forestier Makarici et une figure imaginaire de Vladimir Ilitch (Lénine), les deux personnages se disputant avec véhémence au sujet des lapins et de leur nature présumée éternelle. C'est qu'on se bagarre sans cesse, dans ce livre. Contre sa propre conscience, le plus souvent.

Sasha, héros principal du récit, est un élève malheureux : à travers ses efforts maladroits (et vains) pour "bien faire" à l'école, se révèlent la brutalité et la grossière inattention à l'égard des enfants, dont font preuve les enseignants d'alors, effrayants gardes-chiourmes à la taloche facile. Bastovoi a lui-même souffert de l'arbitraire des adultes quand il était lycéen : à la demande d'un enseignant, le jeune Stefan (il prendra plus tard le prénom de Savatie) a été interné dans un hôpital psychiatrique. Il a tiré de cette expérience un recueil de poèmes, "Un Valium pour Dieu" (non traduit), dont la publication lui apportera un début de notoriété. Le jeune héros de son roman, lui, sait à peine écrire.

Enfermé dans la pauvreté de sa langue, Sasha ne trouve de paix que dans la forêt. Il s'imagine que Dieu y a taillé, en douce, une échelle secrète pour monter au ciel. Mais ses rêves tournent court. Roman sombre, Les lapins ne meurent pas est dédié aux "enfants soviétiques devenus grands". Il diffuse pourtant une puissante lumière : celle d'une écriture formidablement charpentée et fine. En témoignent les courts passages, qui viennent s'incruster, telles des énigmes, dans le récit principal : une petite fille et son père marchent dans la campagne et, dans leurs yeux, on contemple "un large horizon de fleurs jaunes et orange, dont les feuilles descendaient jusqu'au sol, douces comme des bonbons". Devenu prêtre en 2002, Savatie Bastovoi vit dans un monastère ; il dirige une maison d'édition et enseigne l'iconographie au séminaire de théologie de Chisinau.


LES LAPINS NE MEURENT PAS (IEPURII NU MOR) de Savatie Bastovoi. Traduit du roumain (Moldavie) par Laure Hinckel. Jacqueline Chambon, 300 p., 22 €.

Catherine Simon

Par Laure Hinckel - Publié dans : J'ai traduit ceci, j'ai écrit cela - Communauté : Lecture sans frontières
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 10:49

Bastovoi Le Canard Enchainé

Article publié dans l'édition du mercredi 4 janvier 2012, jour de la parution du premier roman de Savatie Bastovoi.

Par Laure Hinckel - Publié dans : J'ai traduit ceci, j'ai écrit cela - Communauté : Lecture sans frontières
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 10:50

Oui, elle commence très bien avec la sortie du premier roman de Savatie Bastovoi, premier romancier moldave à être publié en traduction française depuis 1989!

La Moldavie? C'est quoi? C'est où, me direz-vous?

Eh bien, c'est juste à l'est de la Roumanie, de l'autre côté de la rivière dont le nom fait dérailler les présentateurs télé quand ils doivent le prononcer (la Prut se jette dans le Danube à quelques kilomètres de la Mer Noire).

C'est un petit pays de collines et de vignes.

Un beau pays mal connu.

On y parle le roumain, une langue roumaine sertie de régionalismes savoureux et au lexique façonné au contact prolongé de la langue russe.

On y parle aussi le russe, l'ukrainien... Savatie Bastovoi, poète, romancier, fait d'ailleurs aussi des traductions du russe...

Alors voilà, 2012 commence avec la joie de voir une de mes nouvelles traductions publiée par les éditions Jacqueline Chambon: 

 

Les lapins ne meurent pas - Savatie Bastovoi

 

BONNE ANNEE 2012 à TOUS!


 



Par Laure Hinckel - Publié dans : J'ai traduit ceci, j'ai écrit cela - Communauté : Lecture sans frontières
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 09:42

L'Africain et Ritournelle de la faim sont les deux romans que les lectrices et lecteurs del'association Le Café Bouquins ont lu cet hiver. Pour eux, pas de trêve de lecture... Venez partager avec nous nos impressions sur ces deux livres!

 

Rendez-vous le samedi 21 janvier 2011 à 17 heures au Café Le Parisien à Chartres (centre ville, près de la place des Epars).

Par Laure Hinckel - Publié dans : Café Bouquins - Communauté : Lecture sans frontières
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Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 09:39


CAFE-BOUQUIN  du 26 novembre 2011

Le compte-rendu de Geneviève 

Deux textes sur le Viêtnam  étaient au menu du café-bouquin d’hier : Ru  de Kim Thui et Terre des oublis  de Duong Thu Huong .

 Ru est le premier texte publié de l’auteure.  Il s’agit de portraits de ses compagnons d’infortune – les forts ou les faibles, les admirables ou les médiocres – et  de petits récits autobiographiques livrés par  une réchappée  de l’odyssée des boat people. Le désir de vivre, la force construite depuis longtemps par une famille volontaire,  ayant soigneusement veillé à l’éducation de ses enfants, enracinée dans sa culture   et   ouverte sur l’Occident a permis à cette jeune femme de s’intégrer au Canada  qui l’avait accueillie. Son assimilation est une évidence, par  son langage et par  le  nouveau  mode de vie adopté. La justesse de certaines scènes  a été soulignée par G., venue de Turquie, qui s’est reconnue dans la mère guettant le retour de l’enfant apeuré, envoyé « pour son bien » à la boulangerie,  qui a répété soigneusement les deux syllabes imprononçables : « un pain ! ». Les lecteurs ont trouvé très émouvante cette accumulation de notations finement relevées mais l’auteure semble avoir refusé, en écartant la forme du récit, de nous communiquer la trame même de son histoire et l’accès du lecteur à une forme d’intimité .

 

Terre des oublis emprunte la forme narrative. Mieux qu’un roman, c’est l’épopée du Vietnam et de ses habitants : la tradition conservée par les villageois, l’époque communiste , gérée par les décisions communautaires sous l’emprise de la rumeur ou des préjugés et créant  une société plus inégalitaire qu’avant. Les forces actives du pays moderne  (le monde sans pitié des entrepreneurs et des commerçants) y sont  talonnées par  les ex-puissants déchus,  réfugiés dans des activités aussi louches que lucratives.

Un trio tragique

Le regard des ancêtres ou ceux des morts qui ont compté enveloppe les personnages qui vivent en s’adressant à eux, en écoutant leurs paroles. Le trio  au centre du récit met en scène deux hommes que tout oppose : le soldat, diplômé robuste et plein d’espoir, revient détruit physiquement et moralement par la guerre. Sa femme, à la beauté envoûtante,  après l’annonce de la mort de l’époux, la période de veuvage accomplie, s’est remariée avec un homme riche, éclatant de santé, rendu plus fort par les épreuves qui l’ont mûri. Le devoir l’y contraignant, Miên rejoint son premier époux dans une vie de misère, près d’une famille sordide. Son second époux semble se plier à ce choix pour soulager le malheur de sa femme. Les trois héros semblent manipulés par la fatalité tragique qui s’abat sur eux : la guerre coloniale, puis la guerre de libération ont épuisé le pays, la terre et les hommes. Bôn, le soldat, y a laissé plus que sa vie peut-être : revenu au pays, il n’a pas la force de cultiver simplement pour se nourrir. Dépourvu de descendance, il se trouve  même privé   d’un futur où exister par procuration. Miên, la jeune femme, se plie au devoir de fidélité  au héros blessé, qu’elle ne se souvient même plus avoir aimé. Mais les forces bienveillantes veillent : la femme comprend   quand la haine va pousser au meurtre ; l’arme, comme par miracle, est détournée. Hoan, le second mari, l’entrepreneur redoutablement habile sait attendre son heure, après une descente aux enfers  dans les bas-fonds de la ville.

Des parcours qui se révèlent  progressivement

 Le parcours des personnages nous est dévoilé par un retour systématique au flash-back, indispensable au lecteur  et vite désiré  pour combler les trous entretenus dans la narration. Les  fréquents discours intérieurs montrent l’hésitation des personnages entre jugements ou  décisions contraires. Les héros sont ballotés par des évènements  qui les dépassent et qui prennent racine dans l’histoire, la société, la violence du monde et des hommes.

Ce récit ne finit pas heureusement, malgré l’enfant, ou le couple reconstruit. Bôn a dû céder à la folie ; il ne s’est pas moins battu que les autres.

 

Prochaine rencontre : 21 janvier

Pour cette rencontre nous proposons deux romans de J-M.G. Le Clézio :

L’Africain

Ritournelle de la faim

Par Laure Hinckel - Publié dans : Café Bouquins - Communauté : Lecture sans frontières
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